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La nouvelle servitude volontaire Philippe Vion-Dury – Editions FYP

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 Editions FYP – 20€ –

L’auteur soutient dans ce livre que la réussite spectaculaire des géants du numérique, occulte un projet politique qui nous entraine vers une nouvelle servitude volontaire. Et de citer Ivan Illich, penseur éminent avec André Gorz de l’écologie politique et figure importante de la critique de la société industrielle  » Dans un premier temps , on applique un nouveau savoir à la solution d’un problème clairement défini et des critères scientifiques permettant de mesurer le gain d’efficience obtenu. Mais, dans un deuxième temps, le progrès réalisé devient un moyen d’exploiter l’ensemble du corps social, de le mettre au service des valeurs qu’une élite spécialisée, garante de sa propre valeur, détermine et révise sans cesse« . La réalité numérique que nous vivons a vocation à personnaliser au maximum chaque individu transformé en profil numérisé. Dans le chapitre « Les écosystèmes de manipulation » Philippe Vion-Dury dépeint les stratégie de Facebook, Google, Netflix, Amazon pour cibler l’internaute de manière de plus en plus précise. Tout est mis en place pour rapprocher les annonceurs des utilisateurs de Google, de dresser un profil très personnalisé des abonnés à Facebook et Twitter. quant aux assureurs, ils séparent les « bons » assurés des « mauvais » clients afin d’individualiser au maximum les primes d’assurance. Si l’assuré accepte un suivi intrusif de ses comportements, il verra réduire sa prime. Les autres, vieux, accidentés, malades, profils à risques, devront se résoudre à payer plus cher . Où est passé le but premier des sociétés d’assurance et mutualistes.

En 2012, Larry Page, cofondateur de Google a livré sa vision de l’assistant numérique du futur « [La technologie] sera incluse dans le cerveau des gens.[…] au final, vous aurez un implant qui, si vous pensez à quelques chose, vous donnera simplement la réponse » Une approche quasi magique de la technologie qui pour caricaturale qu’elle soit, donne un aperçu de la dynamique en cours et de la vision des leaders de la Silicon Valley.

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres …

La dernière élection aux Etats-Unis montre qu’il reste encore beaucoup à faire pour que la numérisation de toutes les activités influence de manière décisive les grands évènements politiques. Hillary Clinton avait recruté Teddy Goff, chef de la stratégie de la précédente campagne numérique d’Obama qui s’appuyait sur l’équipe de 50 développeurs débauchés des plus prestigieuses entreprises de la Silicon Valley dont Google, Facebook et Twitter. Cette impressionnante force de frappe digitale a été impuissante face à Donald Trump qui a massivement utilisé Twitter et les médias traditionnels. Avec succès. Hélas !

Si l’emprise des modèles prédictifs, les algorithmes et les objets connectés  installe une société de contrôle, la maitrise totale du destin des citoyens n’est pas encore définitive.

La critique sociale doit aujourd’hui inclure la critique du numérique. Exit la figure tutélaire du tyran autoritaire qui a fait place à une société de contrôle diffus mais bien réel, de plus en plus prégnant. Mais comment lutter contre ce qui échappe à la perception ?

La critique fonctionnaliste à la base du marxisme, posant qu’un système ne peut pas fonctionner sur le long terme, est en passe d’être remplacée par une autre forme de critique, plus adaptée a dégager des solutions. Il s’agit de la critique normative que le philosophe Hartmut Rosa décline en deux sous-ensembles. D’une part, la critique normative morale, centrée sur les relations sociales (inégalités, privilèges, droits et statuts). D’autre part, la critique normative éthique qui se fonde non sur la justice mais sur la possibilité du bonheur, soit une acception plus large et centrée sur l’humain. Créativité, égalité, stigmatisation, liberté , équité sont des concepts qui sont dès lors invoqués pour critiquer les technologie et en limiter le champ d’application. Mais très peu d’intellectuels, notamment en France ont renoncé à penser la technique, après la figure majeure dans ce domaine aux XX ème siècle,  Jacques Ellul.

Selon Vion-Dury, tout passe aujourd’hui sous la supervision de la logique marchande et utilitaire s’exerçant par la médiation de la technologie. Une vie autorisant une vie « libre », qui assouvit des désirs exacerbés par la publicité, mais au final infiniment appauvrie sur le plan spirituel.  Dans ce monde de plus en plus contrôlé, la résistance est de plus en plus difficile. Mais pour reprendre l’auteur « Une telle démarche permet de retrouver et transmettre  le gout du combat pour le projet d’une société humaine et décente »

 

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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