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Nouvelles mythologies économiques –

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Sur les photos, les 2 éditions du livre d’Eloi Laurent – Les Liens qui libèrent – 112 pages –


L’économie est aujourd’hui la grammaire du pouvoir mais elle n’est ni une vérité révélée, ni une science exacte. Le petit livre, Nos mythologies économiques déconstruit un par un les principes économiques libéraux décrits par les politiques de droite et de gauche comme nécessaires et sans alternative. Ces principes irriguent la ligne éditoriale de la plupart des médias et font croire qu’il n’y a aucune alternative aux politiques économiques imposées aux citoyens.

La 1ere édition, réfutait avec brio 15 mythes économiques classés en 3 catégories: Les mythologies libérales, sociales-xénophobes et écolo-sceptiques. Devant l’intérêt suscité,  une  édition mise à jour de ce livre, titrée  Nouvelles mythologies économiques  complète cette critique avec une mise à jour incluant deux autres idées reçues « Nous vivons une révolution technologique sans précédent à laquelle il faut adapter nos structures sociales » « On ne peut pas changer les règles européennes, il faut s’y conformer ».

Dans Nos mythologies économiques, Eloi Laurent traite, notamment, des thèmes suivants:

  • « Une économie de marché dynamique repose sur une concurrence libre et non faussée »

Un marché est un ensemble de règles du jeu que seule la puissance publique peut imposer et administrer. Paradoxe que révèlent les traités commerciaux transatlantique et transpacifique: pour libéraliser, il faut réguler !

  • « Il faut produire des richesses avant de les redistribuer »

Les entrepreneurs serait la seule source de production de richesses: telle est l’incantation répétée à l’envi par les politiques de gauche et de droite. Cette explication incomplète fait l’impasse sur le fait que les entrepreneurs bénéficient d’infrastructures financées par la collectivité par les taxes et impôts: éducation, routes, ponts, institutions juridiques, mécanismes de financement, confiance sociale, etc. Le système de financement fiscal et social national constitue la condition de toute activité entrepreneuriale.

  • « Les flux migratoires actuels sont incontrôlables et conduisent au grand remplacement de la population française »

Rappel: 97 % des habitants de la planète demeurent où ils sont nés.Les flux migratoires vers la France sont à un point historiquement bas : de l’ordre de 280 000 personnes par an, dont 80 000 d’origine européenne et 60 000 étudiants (dont un tiers environ ne restera pas en France). Ramené à la population française, la proportion annuelle  des immigrés sur le sol national atteint 0,4 %. La thèse du « Grand remplacement » entonnée par l’extrême droite identitaire est donc absurde. Elle occulte surtout la défaillance de l’intégration sociale des  12 millions de Français immigrés ou nés en France d’un parent immigré.

  • « L’immigration représente un coût économique insupportable »

On ne peut pas résumer l’immigration à un bénéfice ou à un coût financier, car ce serait déjà entrer dans la logique du discours d’inspiration xénophobe selon lequel les seuls immigrés acceptables sont les immigrés « choisis » pour leur rentabilité, ceux qui contribuent davantage qu’ils ne coûtent à la communauté nationale et qui sont priés d’abandonner leur famille au pays. Ces immigrés, souvent mal intégrés, sont 2 fois plus touchés par le chômage. Quant aux sans papiers, ils constituent la part de travailleurs corvéable dont ont besoin les secteurs dits en tension (construction, restauration, etc.). Des métiers dont ne veulent pas les autochtones. Sans parler de l’apport des immigrés à la culture et aux arts, à la langue, la liste serait trop longue.

La thèse du pauvre blanc du périurbain  mise en avant par Christophe Giuly et d’autres, pose que ces populations des régions défavorisées bénéficieraient moins des aides de la nation que celle des quartiers ZUS ( zones sensibles dans les banlieues des grandes villes). Un biais d’analyse qui ne correspond pas à la réalité et fait bon marché de la ségrégation dans les espaces urbains.

« Les marchés et la croissance sont les véritables solutions à nos crises écologiques »

La préservation de la santé, de la richesse, du dynamisme entrepreneurial  passerait pour une « dictature verte »,  ennemie des libertés individuelles comme voudrait le faire croire les adversaires de l’écologie. Au contraire, les politiques environnementales peuvent aussi favoriser l’innovation et l’emploi.

Le faible prix du charbon, 1ere source d’énergie mondiale induit un double coût masqué, environnemental et sanitaire. Sans des décideurs publics résolus à saisir à bras-le-corps ces deux enjeux, le marché du charbon continuera de polluer localement et globalement, causant la mort et des maladies chez des millions d’Asiatiques et aggravant les crises écologiques au lieu d’aider à les résoudre.Les marchés ne trouveront pas spontanément le bon prix écologique des énergies fossiles (bien plus élevé que le prix actuel), la poursuite du développement économique ne permettra pas de manière mécanique l’arrêt des dégradations environnementales. Une fois de plus, l’intervention de la puissance publique est indispensable.

  • « L’écologie est l’ennemie de l’innovation et de l’emploi

Là aussi, les ambitions environnementales, telles que la transition énergétique en France, sont parfaitement compatibles avec l’accélération de l’innovation et la hausse de l’emploi. Le mythe d’une écologie appauvrissante ne résiste pas à l’épreuve des faits. La contrainte environnementale peut devenir un levier de créativité. Même s’il est délicat de comparer la France au Danemark, à la Suède et à la Finlande, force est de constater que ces pays qui ont introduit une fiscalité écologique ont aujourd’hui une économie dynamique et un taux de chômage inférieur au nôtre.

Dans les « Nouvelles mythologies économiques », Eloi Laurent dépeint la réussite des Uber, AirBnb et autres jeunes pousses du numérique comme des prédateurs du système social et fiscal français. Ce n’est pas faux mais sa vision de la transformation numérique des sociétés semble sous-estimer la force des  mutation en cours dans tous les secteurs d’activité. L’Etat doit impérativement encadrer ces nouveaux services en leur imposant les mêmes règles sociales qu’a l’entreprise classique pour les transformer en économie réellement collaborative.

Selon nous, il s’agit d’une rupture technique semblable à celle de l’écriture ou de l’imprimerie qui ne fait que débuter. Eloi Laurent affirme qu’il ne s’agit pas d’une révolution mais de simples innovations dont l’impact est moindre que la découverte de l’électricité et plus surprenant, de la plomberie domestique !

Hormis ces grossissages de traits qui sont la marque des essais et des pamphlets , ce livre décape avec bonheur le prêt-à-penser idéologique dans lequel nous baignons quotidiennement.

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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