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Coups de gueule

Rouillan ou l’impasse de la violence

Benoit Poolvorde, Benoit Delépine, l’entarteur Noel Godin et l’équipe de Grosland s’affichent avec Jean-Marc Rouillan, auteur avec Action Directe, d’attentats dans les années 80. Une cécité complaisante envers une impasse meurtrière.

Jean-Marc Rouillan, leader du groupe d’extrême-gauche Action directe a assassiné avec 3 membres de son groupe Action Directe l’ingénieur général de l’armement René Audran en 1985 et le PDG de Renault Georges Besse en 1986. Condamnés à la prison à perpétuité, ils ont été détenus pendant plus de dix ans à l’isolement total. Ces conditions très dures ont eu de lourdes conséquences. Georges Cipriani souffre de lourds problèmes psychiatriques, Nathalie Ménigon, hémiplégique, est gravement dépressive.  Joëlle Aubron, atteinte d’un cancer généralisé est décédée en 2006. Jean-Marc Rouillan est le seul à avoir surmonté ses 27 ans d’incarcération; non sans en garder des séquelles importantes. Il ne renie rien de l’impasse violente et stérile que fut Action Directe. Son hommage au courage des assassins de Daesh, le 13 novembre 2015 à Paris, montre qu’il n’a pas bougé d’un iota. Pour autant, les meurtres de Georges Besse et de René Audran n’ont  en rien fait progresser les questions éthiques sur les ventes massives d’armes ou sur le creusement constant et préoccupant des inégalités (lire ma recension détaillée de Capital au XXI siècle de Thomas Piketty ). Ces assassinats ont au contraire focalisé l’opinion sur ces crimes et non sur leurs causes initiales.

L’équipe de Grosland invite Rouillan

La « romantisme » révolutionnaire  semble fasciner Benoit Poolvorde, Noël Godin, célèbre entarteur de BHL, Bénoit Delépine et l’équipe de Grosland, l’émission de Canal +, autant d’humoristes qu’on a connus mieux inspirés. Rouillan a été complaisamment invité entre le 17 et le 20 septembre 2015, par le FIFIGROT, le Festival International du Film Grolandais de Toulouse, initié par l’équipe de Grosland. Il faudrait pourtant initier un débat sur l’usage de la violence qui fascine ceux qui ne l’ont pas connue dans leur chair. Le recours aux armes est parfois la seule issue et le pacifisme devient alors une capitulation comme lors de la 2ème guerre mondiale mais il faut sortir du cercle incantatoire et meurtrier qui fait de l’action violente la seule arme. Action Directe, la Fraction armée rouge en Allemagne ou les Brigades rouges en Italie se sont fourvoyés dans une violence aveugle et stérile dans les années 80. Il faut rappeler la cause originelle de ces mouvements.  Action Directe a abattu René Audran, lié aux ventes d’armes et Georges Besse symbole du capitalisme, Aldo Moro fut pris en otage par les brigades rouges en échange de la libération de camarades emprisonnés, Hanns Martin Schleyer, tué par la Fraction armée rouge, était un ancien nazi, représentant du patronat allemand.

Après les attentats du 13 novembre 2015, l’émotion face à l’horreur de l’assassinat de civils a occulté  la raison essentielle de ces crimes. Il s’agit essentiellement de la réplique asymétrique à une guerre que mène la France au Moyen-Orient contre Daesh et de manière indirecte, les retombées de l’intervention de la France en Libye en 2011. L’explication première de jeunes convertis à l’Islam, qui auraient commis des actes symboliques contre nos valeurs n’a pas de consistance.  Ces conversions ne peuvent en aucun cas être mises sur le compte d’un Islam conquérant qui ne dominera jamais une Europe laïque après des siècles d’hégémonie chrétienne.

S’attaquer aux causes des mécontentements

La provocation que constitue l’accaparement des richesses communes par une petite minorité est un fléau majeur qui mine nos sociétés. Cette captation croissante alimente des colères nourries par l’impuissance à inverser les tendances. Les états auraient tort de la négliger. La directive européenne sur la protection du secret des affaires qui doit être transposée dans les 2 ans dans les législations nationales, montre que tout reste encore a faire. Elle donne à la justice le dernier mot, soumettant ainsi un problème majeur à un jugement aléatoire qui dépend des tribunaux.  Le procès actuel des lanceurs d’alerte de la Luxleak illustre la difficulté de lutter contre le fléau de l’évasion fiscale face à la complaisance des Etats, à l’heure ou les déficits publics se creusent. Faire appel à la  désobéissance civile et à la non-violence semble plus difficile que céder à le tentation stérile de la violence. Il s’agit pourtant d’une arme à considérer quand la cause répond à l’intérêt commun.

 

Michel Onfray qui s’est brulé les ailes à trop fréquenter les médias, rappelle à juste titre sur France Culture   que le cycle de la violence peut et doit être rompu. La grève générale et d’autres formes d’actions sont plus efficace qu’une violence sans lendemain. Justifiable dans le cas des résistants pendant l’invasion allemande de 1939/1945, elle est improductive dans d’autres cas.

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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