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High Tech & Internet : à savoir, Internet et cognition

Chronique télévision : Intelligence artificielle : faut-il tout arrêter ?

Chronique de l’émission « Ce soir ou jamais »  (11 mars 2016)

Ce soir ou jamais

Cliquer pour revoir cette émission sur Pluzz.fr)

 

« L’émission : Près de 700 chercheurs à travers le monde s’alarment des robots intelligents et des progrès de l’intelligence artificielle. Faut-il tout arrêter ? Pour en parler, Frédéric Taddeï accueille sur le plateau Alain Damasio, écrivain de SF, Marianne Durano philosophe, Jean-Gabriel Ganascia, philosophe et cogniticien, Laurence Devillers, chercheuse au CNRS, spécialiste de robotique, Serge Tisseron, psychiatre, Alain Bensoussan, avocat, fondateur de l’association du droit des robots, Alexei Grinbaum est physicien et philosophe et Laurent Alexandre, chef d’entreprise.   »

La récente victoire du programme Alphago de Google contre Lee Sedol, meilleur jouer mondial  de GO, a relancé l’intérêt du grand public pour l’intelligence artificielle. Loin des déclarations sensationnalistes de Raymond Kurzweil, un des responsables de la recherche chez Google et chef de file des transhumanistes. Ces derniers annoncent rien de moins que la domination en 2045 de l’intelligence artificielle ( IA) sur l’humain, incapable de comprendre ce qu’elle va créer. Ils qualifient de singularité, ce moment où l’humanité va basculer vers une rupture radicale et imprévisible dans ses conséquences. Cela induit en arrière-plan, la crainte de l’obsolescence de l’humain face à l’IA. En filigrane des positions des commentateurs sur l’intelligence artificielle , on retrouve l’opposition entre les croyants comme Marianne Durano   ou plus loin, l’épistémologie critique et théologien protestant  Jacques Ellul et les chercheurs, juristes, philopsophes, qui mettent la croyance à distance. Un débat qui remonte à plusieurs siècles, lors de l’accusation de Galilée par l’église romaine au XVI siècle sur sa thèse de l’héliocentrisme. La remise en question par l’IA d’un dieu créateur de toute chose et seul arbitre du monde attaque frontalement les dogmes religieux. La prise en compte d’une rupture fondamentale du paradigme de l’évolution anthropologique change cependant les données du débat et on trouve aujourd’hui un nombre croissant de critiques de l’IA, issus d’acteurs majeurs du numérique et des sciences comme Bill Gates, Elon Musk ou Stephen Hawking. Sur le plateau de « Ce soir ou jamais », on note ce changement de nature de la critique car l’IA va impacter de manière importante et progressive, tous les domaines de l’activité humaine , travail, loisirs, vie quotidienne, rapport à l’autre, aux conflits mondiaux, avec une ampleur que personne ne peut prédire aujourd’hui. Une pétition contre les drones et  robots tueurs a été lancée en 2015, signée notamment par Noam Chomsky et Elon Musk. Bill Gates a mis en garde contre une absence de réflexion et de contrôle de l’intelligence artificielle. Marianne Durano rappelle que les Etats-Unis vont consacrer d’ici 2017, 71 millions de $ au développement de l’IA. Elle soutient que sur la question des robots assistants aux personnes âgées, plus la personne vulnérable, plus elle va être dépendante des robots. Aujourd’hui, on apprend aux robots à développer une empathie artificielle qui les fait ressembler aux humains mais s’ils en sont bien éloignés et  ne possèdent pas une conscience d’eux-mêmes, privilège unique de l’homme. Laurent Alexandre, fervent partisan de l’IA, déplore que l’Europe soit devenue une colonie technologique américaine. Il met sur le même plan le racisme anthropologique et l’attitude qui consiste à considérer un robot ou une IA comme inférieurs à l’homme.  L’avocat Alain Bensoussan, plaise ardemment pour la reconnaissance juridique des robots et souhaitent leur attribuer des droits. Il a mis en place l’Association du droit du robot et envisage des sanctions contre quiconque attenterait à un robot sous quelque forme que ce soit. Aujourd’hui les robots ne réalisent que des tâches spécialisées comme marcher en milieu hostile tel Atlas de Boston Dynamics ou reconnaitre des affects de bases chez un humain (colère, joie, apaisement, stress, etc.) et des paroles prononcées distinctement dans un milieu sans autres bruits.

Alain Damasio, écrivain de science-fiction, met en garde contre les robots tueurs et les capacités prédictives du big data . Les personnes âgées vont jouer le jeu face aux robots d’assistance. L’IA ne peut être isolée, il faut la mettre en perspective avec le projet social qui est le nôtre « Les scientifiques prônent à ce sujet une pensée animiste » avance Damasio qui explique qu’avec notre modèle social et économique, l’IA va  considérablement réduire de nombreux métiers , que l’on pense aujourd’hui irremplaçables dont les infirmière. Se pose alors le nécessaire débat sur un revenu minimum de base inconditionnel et pour tous, qui implique la remise à plat complète de la valeur travail et de la protection sociale.

En illustration de l’émission, la curieuse aventure de Hitchbot robot auto-stoppeur autonome qui a parcouru 6000 km au Canada durant l’été 2014, en Allemagne et aux Pays-Bas en 2015, et démembré à Phidadelphie par un agresseur le 1er août 2015.

Anticiper toutes les conséquences de l’IA

La question essentielle reste la place de l’homme face à des technologies susceptibles de renverser radicalement les rapports sociaux. Laurent Alexandre prédit ainsi que les 750.000 conducteurs américains de camions et camionnettes n’existeront plus dans 30 ans, remplacés par des véhicules autonomes. Quid alors de la société quand une IA fera mieux que l’homme dans beaucoup de tâches ? Quels métiers seront supprimés ? Quels types d’emploi seront crées ? Et de poser ce diagnostic  » Face à la vitesse du changement, on n’aura plus le temps de se convertir !  » Le psychiatre Serge Tisseron craint que les robots et l’IA entraînent un appauvrissement de la pensée, cachant les problèmes humains, sociaux et économiques « Les réponses des robots seront les seules possibles, rétrécissant le champ de la pensée« . Sans projet de société longuement réfléchi, l’irruption d’un IA forte est un danger pour l’homme avance Serge Tisseron. « Quelle société voulont nous ? demande Tisseron, une question qui suscite des réponses de plus en plus complexes hors du champ des seuls scientifiques.  Jean-Gabriel Ganascia rappelle la mythologie juive du Golem, un être artificiel, de forme humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre façonné afin d’assister ou défendre son créateur, qui finit par retourner à la poussière. Un sort qui ne semble pas promis aux robots et à l’IA, tant la place de la technologie est croissante et prégnante dans nos sociétés. Et Jean-Gabriel Ganascia de prédire que l’homme ne se reconnaitra plus et qu’à ce titre l’humanité doit être préservée. Marie Durano plaide pour le droit d’exclure les robots pour ceux qui n’en veulent pas. Laurence Devillers, chercheuse au CNRS, avance la nécessité de nouvelles règles d’encadrement pour la robotique et la traçabilité des connaissances.

Il faut d’évidence se pencher sur les relations entre l’intelligence artificielle, les robots et l’industrie et la finance. Ainsi, il faut interdire le trading haute fréquence, activité financière hautement spéculative, qui consiste à réaliser avec des algorithmes, des millions d’opérations d’achat et de vente d’actif financiers ou de matières premières par seconde. Sans aucun impact sur l’activité économique, les pertes liées à ces opérations doivent être endossées par les banques et in fine, par le contribuable. Un  exemple qui illustre à lui tout seul le fourvoiement d’une science sans conscience ni éthique, inutile et dangereuse.

 

Lire mon article publié sur Industrie et technologies, sur le séminaire sur l’IA et le deep learning  qui s’est tenu le 10 mars à Lyon à l’institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3). :

 

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

Discussion

2 réflexions sur “Chronique télévision : Intelligence artificielle : faut-il tout arrêter ?

  1. Très intéressant. Je suis également très préoccupée par ces questions. De récentes expériences négatives me montrent à quel point l’Humain de nos sociétés dites avancées est en perte d’empathie. L’Humain est encore capable de s’en rendre compte et d’agir en conséquence, mais les robots, eux, ne s’en rendront pas compte. L’esprit, sans connexion au cœur, multiplié sur des millions d’individus en même temps serait la mort assurée de l’espèce, à plus ou moins brève échéance. Voilà une option qui ne doit pas être laissée au hasard du développement court terme, jetable, avide, névrosé, naïf et capitaliste.

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    Publié par evemarieblogueuse | mars 13, 2016, 9:44
  2. Une pensée pour Hitchbot, une triste expérience qui en dit long sur l’intelligence naturelle, celle dont on devrait peut être avoir le plus peur. J’étais au canada cet été la et cette histoire était mignonne, penser au petit robot auto-stoppeur et au sourire des gens qui lui avaient fait faire un bout de chemin, et puis après la connerie humaine a été plus forte.

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    Publié par Tamala75 aka Séverine Godet | avril 23, 2016, 8:56

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