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Le capital au XXI ème siècle (Thomas Piketty)

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Cliquer ici pour lire tous les tableaux et graphiques.

Chronique  du livre « Le capital au XXI siècle »

« Les distinctions sociales ne peuvent êtres fondées que sur l’utilité commune« . C’est par l’article 1er de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen que débute cette somme sur l’histoire du capital. Ce livre de référence, 1er au classement hebdomadaire du New York Times lors de sa parution, montre combien le terme égalité de notre devise nationale est galvaudé et ne répond que vaguement à la réalité économique. Fruit d’un travail collectif , ce copieux essai de quelques 1000 pages, s’appuie un corpus de recherche considérable appuyé sur des dizaines de graphiques et des données historiques sur 3 siècles, dans plus de 20 pays occidentaux.  La conclusion est sans appel: dans une société en faible croissance comme la notre, le rendement du capital sera toujours supérieur à celui  du revenu du travail.  Pour le siècle dernier, seules les 2 guerres mondiales ont eu raison de l’accroissement incessant du capital. Piketty rappelle les deux formules qui permettent de le mettre en évidence:

  1.  La première dispose que la part des revenus du capital dans le revenu national (\alpha_t) est égale au taux de rendement moyen du capital (r_t) multiplié par le ratio du stock de capital sur le revenu national  (\beta_t) : \alpha_t = r_t \beta_t
  2. La seconde loi dispose qu’à long terme, le ratio du stock de capital sur le revenu national  (\beta) tend vers le ratio du taux d’épargne (s) sur le taux de croissance (g) : \beta = \frac{s}{g}

Piketty estime que le rapport du capital sur le revenu \beta_t était de 6 ou 7 au XIXe siècle, qu’il a chuté à 2 après la Seconde Guerre mondiale et qu’il retrouve aujourd’hui un niveau proche du XIXe siècle avec aujourd’hui, une valeur de 5 ou 6.

(Source : Wikipedia)

Piketty constate que sur une longue période le rendement moyen du capital r est supérieur au taux de croissance de l’économie g. Cela signifie sans équivoque que les détenteurs de capital s’enrichissent plus rapidement et au détriment de ceux qui détiennent peu ou pas du tout de patrimoine. En d’autres termes, comme l’écrit Alain Supiot: « L’explosion des inégalités et le déclin de la part du travail dans la distribution des revenus favorisent évidemment la spéculation au détriment de l’investissement productif et de la consommation. »

Pour s’en tenir au XX ème siècle, les 30 glorieuses d’après guerre étaient une exception. L’enseignement majeur du livre reste que dans les sociétés à faible croissance, les patrimoines prennent une part croissante et considérable, l’inflation ne détruisant plus sa valeur. On apprend au passage qu’au XVIII siècle, la valeur des biens de l’église valait 60 % du revenu national. A l’heure où les gouvernements parlent de la dette publique en culpabilisant les populations, Piketty rappelle que la valeur cumulée du patrimoine est considérable en Europe même s’il est concentré sur une moitié de la population. Si le patrimoine moyen est de 200.000€, les 50% des plus pauvres disposent de 30.000 € à 40.000€. Pour les plus riches, les actions constituent la plus grande part des patrimoines. Les héritages prennent une part de plus importante dans le patrimoine, dévalorisant la notion de travail. Aujourd’hui et à terme, rien ne s’oppose à la concentration patrimoniale extrême qui prévalait avant la grave crise économique  de 1929, si le dumping fiscal des pays continue en l’état. Cette évolution porte les germes de chocs politiques considérables car nos sociétés reposent sur la croyance que les inégalités sont fondées plus sur le mérite individuel et le travail que sur la filiation et la rente. L’argument entrepreneurial répété comme une scie par les médias et les politiques ne justifie en aucun cas les très grandes inégalités observées. L’entrepreneur est inévitablement appelé à se transformer en rentier. Le 18 janvier 2016, Oxfam vient d’annoncer qu’à l’heure actuelle, les 63 personnes les plus riches possèdent autant que 3.5 milliards de la population mondiale, soit la moitié. La récession de 2008 a aggravé les déficits publics déjà très importants.

La force du livre vient de ce que rien n’est posé comme un parti-pris politique, économique ou philosophique mais démontré par de très nombreux arguments alignés méthodiquement sur près de 1000 pages. Du reste, peu de réfutations ont été opposées aux énoncés de « Capital au XXI ème siècle »

La solution proposée par Piketty n’est pas nouvelle. Il s’agit d’un impôt transnational sur le capital mais quand on voit la lenteur avec laquelle se mettent en place les réformes au niveau européen et mondial, on peut douter de son efficacité. Tant que les paradis fiscaux, à savoir les pays et les micro-états concernés  opposeront leur souveraineté aux indispensables mesures fiscales, rien ne changera. L’enquête sur les paradis fiscaux du Monde ( 4/4/2016) et le ICIJ montre l’ampleur du phénomène.

En savoir plus:

  • Déclarations de Piketty:

Sous la plume d’un auteur qui ne croit pas au communisme et garde confiance dans les principes du marché, le propos a de quoi attirer l’attention de tout citoyen soucieux du bien public et de la marche du monde. Piketty, déclare en effet:

« Cette situation suffit à conduire à un monde tellement inégalitaire qu’il ne me semble guère compatible avec la démocratie construite dans le cadre des États-Nations au XIXe et au XXe siècle. »

Extraits de l’interview de Thomas Piketty par Mediapart le 9/11/2013:

Précisant le fait que cette somme considérable de près de 1000 pages, balayant un siècle histoire et d’économie politique, Thomas Piketty précise:

« Je n’aurais jamais pu faire ça tout seul et j’ai bénéficié de l’appui de nombreux collègues, notamment Anthony Atkinson sur le Royaume-Uni et Emmanuel Saez sur les États-Unis, pour couvrir plus de 20 pays sur l’histoire des inégalités de revenus, mais aussi pour engager une deuxième série de recherches consacrées davantage à la dynamique des patrimoines et de l’héritage, nécessaires pour comprendre la dynamique des inégalités actuelles. »

L’auteur souligne deux axes majeurs dans sa critique du capitalisme:

1) Le rôle primordial du politique est justement souligné:

« Le premier enseignement de ces données empiriques est que l’histoire de la répartition des richesses est toujours une histoire politique et non seulement économique. Les réactions politiques, parfois de façon tragique et violente comme avec les guerres mondiales, ont une importance considérable. »

2) La contradiction fondamentale entre le capital et la travail

« Le second enseignement majeur de cette étude est la mise en lumière d’une contradiction fondamentale du capitalisme, qui est l’opposition entre le taux de rendement du capital et le taux de croissance du capital. Le taux de croissance désigne la croissance du PIB, de la production, qui est aussi celle du revenu moyen. Pendant les Trente Glorieuses, ce taux était de 4, 5 ou 6 % par an. Depuis trente ans, elle se situe autour de 1 %. Cela peut sembler faible parce qu’on ne s’est pas remis des Trente Glorieuses, mais en réalité, c’est loin d’être négligeable. Seuls les pays en phase de rattrapage, comme la France durant les Trente Glorieuses ou la Chine maintenant, peuvent dépasser les 5% de croissance par an. À l’échelle de la longue durée, 1 ou 1,5 % de croissance par an, ce n’est pas si lent. À l’échelle d’une génération, cela veut dire qu’un tiers de l’économie est renouvelée et ce n’est donc pas rien. »

Mais cela reste nettement moins que le rendement du capital, qui est de 4 à 5 % en moyenne, parfois davantage.

Les rendements du capital se sont donc inversés après les 30 glorieuses qui ont suivi 1945, les guerres ayant fait oublier que le rôle du capital qui est de s’accroitre indéfiniment.

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

Discussion

3 réflexions sur “Le capital au XXI ème siècle (Thomas Piketty)

  1. bonjour je m’appele francis, j’ai 62 ans,je suis un travailleur social retraité?j’ai entendu parler de ce livre par mon ancien prof de droit, je ne sais pas où acheter le livre ni son prix.pouvez-vous me renseigner.merci

    J'aime

    Publié par ghesquiere francis | mars 30, 2014, 9:19
  2. Bonjour,

    Il coute 24 € et vous le trouverez chez tous les libraires. Voici un lien intéressant à propos d’une conférence à Lyon de Piketty autour de son livre: http://www.decitre.fr/livres/le-capital-au-xxie-siecle-9782021082289.html . Il y a un résumé du livre.

    J'aime

    Publié par Serge Escalé | mars 31, 2014, 7:39

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Rouillan ou l’absurdité révolutionnaire | Humeurs Numeriques - avril 29, 2016

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