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Presse

Les nouvelles voies du journalisme

J’aurais pu aussi titrer « Les nouvelles voix du journalisme » . La presse vit la plus grave crise de son histoire, la faute à Internet, aux gratuits mais aussi à la nécessité de s’adapter à une société qui évolue très vite. Elle est sous-capitalisée, les investisseurs se font tirer l’oreille pour mettre la main à la poche car les rendements sont faibles, d’où le rôle des aides publiques à la presse. Ceux qui investissent dans ce secteur, comme le groupe Fiducial pour Lyon Capitale, y cherchent sans doute une reconnaissance. En 2013, Fiducial à investi 1,7 millions d’euros dans un magazine dont le chiffre d’affaire est de 750.000 € (source : Tribune de Lyon). Les fins de mois de Libé sont de plus en plus difficile et aucun plan de redressement ne semblent capable de sauver la journal. C’est le même problème pour quasiment tous les médias d’informations. Si la vieille presse est moribonde, de nouveaux supports, papier et numérique apparaissent. XXI a ouvert la voie en 2008. C’est un trimestriel vendu en librairie, une réussite indiscutable pour un projet éditorial sur lequel personne n’aurait misé un kopek: de longues narrations de près d’une dizaine de pages. Les 2 cofondateurs ont publié un manifeste qui fait la leçon aux autres médias mais si on salue cette réussite, qui peut dire la part de chance dans ce succès ? La presse n’est pas morte, papier ou numérique, tout reste encore à faire. Les initiatives fleurissent malgré les difficultés de financement, les erreurs, les balbutiements. Dans Ulyces, nouveau support papier et Web , lire le discours de David Carr, spécialiste des médias au New-York Times mort en février 2015, aux étudiants en journalisme de Berkeley en Californie. Dans ce discours direct et sans fards, y compris sur lui-même, Carr trace toutes les pistes d’une nouvelle presse et la nécessité de quitter ses oeillères au risque de se tromper. Bien entendu, pas de solutions clé en main mais la répétition de ce qui parait l’évidence à l’heure de l’Internet, des médias pré-formatés et du journalisme copier-coller , il faut sortir de sa bulle, revenir à l’humain, rendre compte des joies et des souffrances de l’autre. De la vie en clair. Et ce, quelque soit le support (texte, vidéo, image animée, Datavisualition, etc.) et le média. Même si on doute du succès de la curieuse maquette de magazine qu’il faut déployer pour les lire en entier. Le UN a été précurseur dans ce domaine, suivi, on ne sait pourquoi par Silex ID.

Silex_ID

La feuille A4 posée sur le magazine UN déployé donne l'échelle.

La feuille A4 posée sur le magazine UN déployé donne l’échelle.

Les principales réussites éditoriales et financières se font autour de la personnalité de journalistes emblématiques, Edwy Plenel avec Mediapart, Daniel Schneiderman avec Arrêt sur images. Leur forte notoriété établie depuis des décennies, a évité le lourd investissement en temps et en argent pour établir l’indispensable image derrière laquelle courent tous les créateurs. L’acte d’abonnement vient  simplemement sceller une adhésion intellectuelle qui pré-existait. Daniel Mermet, débarqué en juin 2014 de France Inter,  tente le même pari avec ses milliers de fidèles avec son site payant . Les initiatives de jeunes journalistes sont méritoires même si ce n’est pas du journalisme d’investigation. Ainsi, Snatch  » Le magazine des bons et des méchants » destiné au trentenaires , qui surfent sur des sujets sur les arnaques et sur la mode. Le but est d’attirer un lectorat habitué aux clics et qui ne lit plus les longs papiers. Cela reste un vrai pari. Le 4 heures a été crée par des étudiants du CFJ, école réputée de journalisme. C’est une sorte de labo de l’enquête qui montre que la qualité est là et ne demande qu’à s’exprimer. Ijsberg, magazine en ligne lyonnais a repensé le rapport des internautes à l’écrit. Les articles sont déclinés en 3 durées de lecture, fonction de la longueur des articles. Un pop-up s’affiche au fil de la consultation des papiers qui signale la temps qu’il reste encore à lire. Une volonté manifeste de capturer le lecteur habitué au zapping numérique sur les smartphones, tablettes et autres écrans. Une magazine papier payant est en préparation. Libé se vide peu à peu de ses plumes mais les projets des anciens journalistes sont autant de promesses à suivre. Ainsi, il faudra suivre le parcours du média « Les jours », qui verra le jour fin 2015, crée par Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos, anciens rubricards média de Libération. Je ne sais pas ce que peut-être un « Nouveau média qui creuse ses obsessions, crée selon leur termes, sur le projet d’un journalisme singulier fait par des têtes de pioches.  » mais attendons. Sont annoncés des reportages, infographies, cartographies, etc. Chaque thème d’enquête et de reportage peut et doit être revisité, même par la presse spécialisée professionnelle,  lourdement préemptée par la publicité et communication. Par exemple, le thème des technologies numériques traité dans ce blog et dans cet autre a besoin d’un pas de côté, d’un recul indispensable et d’analyse des conséquences de puissants outils. L’éthique ne progresse pas ce qui peut s’avérer délétère pour tous. Dans  le domaine que je connais le mieux, les technologies du numérique, les magazines et médias professionnels web et papier ne sont souvent que des supports de publicité et leurs contenus sont orientés de manière consciente ou plus diffuse par les messages des annonceurs. Les lecteurs, particuliers ou entreprises, auraient pourtant grandement besoin d’une analyse objective, indépendante et approfondie des services, logiciels et matériels qu’on leur vend. Or, le manque de temps des journalistes ainsi que les lignes éditoriales guidées par le marketing et la pub réduisent fortement l’intérêt du contenu. La revue Prescrire qui traitre des traitements médicaux et les médicaments montre la voie à suivre. Il s’agit d’un magazine dont la ligne éditoriale est selon ses termes:  « Source d’informations […] rigoureuses et fiables sur les traitements et les stratégies de soins, pour agir en connaissance de cause. Prescrire est financé par les abonnés. Ni subvention, ni publicité. Ni actionnaire, ni sponsor. » Cette revue avait, par exemple, mis en alerte les professionnels de santé sur les dangers du Médiator il y a quelques années. Les pessimistes objecteront sans doute que la force de frappe des labos et le manque de temps des médecins noient des sources fiables et indépendantes sous le poids des petites et gros cadeaux et les fortes pressions des visiteurs médicaux.

( Mise à jour du 26 janvier 2016)

A lire, cette étude belge qui porte sur 38 entretiens qualitatifs et montre les difficultés croissantes de ce métier.  Voire dans le billet le détail des 9  motifs de préoccupation:

  • L’accumulation des tâches
  • Le manque de temps
  • La diversification des contenus
  • L’évolution des contraintes éditoriales
  • La lassitude
  • Le salaire
  • Les synergies
  • Les horaires
  • Le moral
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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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