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Pour tout résoudre, cliquer ici Evgeny Morozov Ed. FYP

PlatCouv-Morozov_Mise en page 1

Ce livre est la traduction du bestseller  » To save everything, click here »

Contre l’idée du miracle technique que serait internet, Evegeny Morozov, oppose une analyse critique rigoureuse du webcentrisme et du solutionnisme, imposés par les chantres de la Silicon Valley. Ce livre s’appuie sur une quantité de sources issues d’un travail documentaire important et souffre parfois d’une trop grande densité d’informations redondantes qui nuit à sa lisibilité. Il a cependant le grand mérite de pointer les errements du webcentisme, instrument du solutionnisme qui repose sur des logiques anciennes. Le solutionnisme est quand à lui, défini comme un baguette magique aux problèmes politiques et sociétaux. Obésité, environnement, loisirs, santé, etc, il n’y pas de problèmes sans solution pour les tenants du solutionisme dont font partie Apple, Google ou Facebook. Concernant la sécurité, Morozov cite des exemples concrets qui mettent à profit les données du Big Data pour poursuivre les délinquants, voire prévoir les incidents.  Une dérive dangereuse. Contre le défaitisme technologique qui suppose que toute tentative de s’opposer à la technologie est vaine, l’auteur pense à contrario qu’il faut se méfier d’une application aveugle de la technique, jugée bonne en soi. La croyance aux données chiffrées est pour Morozov, une illusion ridicule voire dangereuse. Il raille les adeptes du Quantified Self qui mesurent tous leurs paramètres personnels du soir au matin, depuis leur réveil jusqu’au coucher. Rien n’y échappe, depuis le temps de sommeil, les calories  consommées, la nature des aliments, le temps et l’intensité consacrés à l’effort physique et jusqu’à leurs excrétions … Une telle accumulation de données n’a aucun sens mais telle est la croyance naïve de la Silicon Valley  pour qui l’accès à toujours plus d’informations est un but en soi. Les possibilités gigantesques de stocker une myriade de données dans le temps ne font pas d’eux pour autant des Marcel Proust de l’ère moderne, soucieux du moindre détail. L’abondance n’est rien sans recul analytique L’auteur critique également le fait de faire rémunérer les données personnelles en oubliant l’utilisation qui en sera faite. Bardés de capteurs, présents sur un nombre croissant d’objets et notamment les smartphones, l’individu est rendu responsable de tout ce qui lui arrive et exonère la société de toute influence négative. Ce livre ne verse pas pour autant dans un pessimisme total. Il porte le lecteur à réfléchir sur l’impact des grands acteurs du numérique dans l’équilibre global de nos sociétés. Ainsi, le fait de faire ses courses en ligne n’a pas réellement le bilan carbone supposé par les acheteurs car les serveurs informatiques distants et invisibles consomment beaucoup d’électricité. Morozov cite à plusieurs reprises Jacques Ellul, penseur éminent de la technologie pour qui  cette dernière agit de manière autonome, ce qui ne peut que compromettre l’éthique. Dans ce courant de pensée, il mentionne Neil Postman qui appelle la technologie « la technopôle », une société dans laquelle « la culture demande l’autorisation à la technologie, trouve sa satisfaction dans la technologie et reçoit ses ordres de la technologie« . Le lecteur qui cherche des réponses claires sera sans doute décontenancé par cette abondance de réflexions, concepts et ressources mais à une époque ou l’évolution des solutions techniques sont très rapides, cet effort de lecture parait indispensable et salutaire. Sans ce recul réflexif, ni technophile, ni technophobe, la technique risque fort de rester ce qu’elle est aujourd’hui, un instrument privilégie du libéralisme économique   Vidéo de la conférence d’Evgeny Morozov du 15/10/2014 avec Microsoft , Renaissance numérique et FYP ( résumé, d’après la traduction française de Marguerite Cappelle) Ce livre est centré sur les conséquences sociales et politiques du solutionnisme numérique. cela passe entre autres, par la traitance par le privé des problèmes collectifs. Les Etats ont délégué leurs pouvoirs en la matière à la Silicon Valley (SV)  La numérique serait la solution à ce tout que l’Etat ne peut plus faire. Par exemple, dans la e-santé, il s’agit d’arrêter les maladies avant qu’elle n’existent pour diminuer les coûts de santé publique. Dans un monde en crise, le numérique est appelé à la rescousse. La technologie n’a pas de pouvoir en soi , c’est un problème de la société et du politique. Les capteurs (smartphone, objets connectés) permettent de se recentrer sur l’individu. L’idée actuelle est qu’il faut régler le comportement des individus, le but de la nouvelle pensée économique est de contrôler l’irrationalité des citoyens. cela évite de se poser les bonnes questions. L’obésité a quoi est-ce du ? Pourquoi marche t-on de moins en moins?  Avant le politique réglait tout ça , aujourd’hui c’est l’individu qui est rendu responsable. On a oublié la sociologie critique des années 70/ 80 . La crise en Europe est imputée aux Grecs et aux Espagnols sans pointer l’implication des banques et de la finance. La technologie permet de sauver la face. La SV a peu prés la même logique que le capitalisme: « sauvez-vous vous même ! »  Tout est centré sur l’individu au détriment de l’effort collectif. On assiste à cette crise de l’Etat providence, la SV offre un substitut aux défaillances des Etats. On n’essaie pas d’en comprendre les causes . Google Now, système d’alerte en temps réel traçage analyse votre vie à votre place  cela change la façon de chercher. C’est l’info qui nous trouve et tout est prévu en fonction de notre comportement habituel  et adapté sur mesure. Google Now analyse votre vie. On n’a  plus besoin de mémoire (passé, avenir, etc. ) On vit au présent. Technologie a un impact profond, elles disent  « ça vous fait gagner du temps » mais ça change la vie commun. L’illusion du temps libre est en fait un temps social éliminé. Le solutionnisme est attirant car on manque du temps, volé par le système économique. Le cout à payer est très cher et la capacité a penser supprimée.

Briefing de la conférence d’Evegueni Morozov

Questions: Bernard Stiegler : J’adhère beaucoup à ce que vous dites. Qu’est ce qu’on fait ? Ce que nous devons faire, c’est retourner la situation. Ce ne sont des questions technologiques seulement. Il y a eu une déception sur le numérique à partir  de l’affaire Snowden. Le numérique est très dangereux car très puissant.  Il faut inventer des thérapeutiques. Le numérique est socialisé par les sociétés privées. Il pousse l’individualisme réactionnaire, plus vite que les systèmes sociaux (voir les travaux à ce sujet de Bertrand Gilles ). Les médias de masse détruisent l’attention et suscitent une pulsion d’immédiateté. Les fondements qui nous viennent des lumières reposaient sur l’imprimé . Je critique l’exceptionnalisme technologique, une doctrine naive. mais il transforme en profondeur. Nicolas Colin pointe que fiscalité numérique est incapable de gérer une économie basée sur la donnée. On n’est pas dans le mirage du net mais on peut pas le rejeter . Il faut savoir comment Microsoft peut rebondir sur une organologie thérapeutique. E . Morozov Il y a ceux qui veulent perturber le système politique ( système apple comme  itunes) mais c’est idiot et participe du web-centrisme Ceux qui veulent protéger la vie privée (Snowden conte la NSA), c’est intéressant mais il ne suffit pas de rajouter une couche de contrôle et de contre-pouvoir au système d’Etat. Peu de militants traitent le numérique  comme un problème politique et sociologique, économique car il y une réification du numérique , c’est très dangereux.   Nicolas Colin:  » Nous nous alarmons du retard de l’UE et de la France dans le développement du numérique par rapport à l’Amérique et à la Chine. L’Europe a échoué à prendre sa place. Il faut faire grandir de grandes entreprises de l’économie numérique. » Aujourd’hui ce n’est pas possible, car après Snowden, les Etats disent « Regardez ce que cela donne »  et donc on ne fait rien et aujourd’hui prolifère une pensée critique et donne des arguments à ceux qui s’opposent au développement du numérique. Est-ce que vous n’êtes pas l’instrument du « soft power » américain qui après avoir consolidé ses fondements envoie un émissaire pour nous dire c’est dangereux le numérique! » E M: Le fait que vous soyez des acteurs de l’économie numérique me perturbe un peu car vous êtes dans le marché. C’est la logique de la Silicon Valley Google n’est pas dangereux car il est américain, c’est le modèle économique qui serait à réinventer, mais si vous voulais inventer un autre Google, bon courage . Uber, AirBnb font la leçon à Google mais ils font la même chose. Je ne soutiens personne.   Uber c’est la précarité des chauffeurs, pas de protection pour les passagers, 5 personnes dans une voiture, etc. C’est facile de retourner mes arguments. Ce débat  évacue la politique . Il serait entre technophiles (progressistes …)   et technophobes mais je me situe un peu dans les deux. Sebastien de Broca: Internet-centrisme > Internet devrait imposer sa logique dans toutes les sphères de la vie sociale. L’internet-centrisme de Google est-il celui de Microsoft ? Stallman vs Parti pirates ? Il n’y pas un mouvement qui pense pareil SV et universitaires, etc. Ils on en commun le fait d’être un média ( radio, TV, ) cybrespace:  comment ce terme est apparu en 80/90, dans quel contexte culturel, Culture numérique . Il faudrait faire une étude historique avant l’arrivée des structures techniques. C’est le thème de mon prochain livre Je fais la critique de ludification (toilettes au philippines qui oblige les gens à se laver les mains, sinon, pas de sortie …).  Quand on vous propose de gagner des points,  vous devenez sujet. Je ne fait pas de la morale. les conséquences ne sont pas débattues. Le débat se situe entre être payé pour le faire ou comme une exigence civique. G Buffet: Nous voulons penser une société meilleure à l’heure d’internet. Les politiques ont abdiqué leur pouvoir à la SV. La révolution Internet a été hackée par la SV . Vous êtes très pessimiste ! Y a t-il des raisons d’être optimiste ? E.M : Je fais la critique du solutionisme , je ne fournis aucune solution . Pourquoi ont est dans cette situation, ce n’est pas parce que la SV a été excellente mais pour des raisons politiques, sociales, économiques. Toutes les autres voies ont été fermées. Je suis pas pessimiste sur la technologie mais à cause du changement politique et économique que je ne voie pas . Tous les jeunes devraient se mettent à coder. Il a plusieurs combats à mener. celui sur l’utilisation des données marchandisées. Jusqu’à ou peut-on aller ? Les données ne sont pas des marchandises  D’autres solutions ou les vendeurs vendraient leurs propres données mais ce n’est pas la solution ? Les banques , les entreprises les veulent, l’Etat pour gagner de l’argent (UK vend données de ses étudiants, du système de santé, etc. ) . Je pense que l’issue de la bataille est assez peu favorable. Il faudrait savoir, dans les pays en voie de développement, a quel point ils sont accaparé par les monopoles des multinationales. Les pays du tiers-monde innovent car ils y sont obligés mais il faut s’interroger sur l’argent qui est distribué à leurs dirigeants sans qu’il en voie la couleur.

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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