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Dette: 5000 ans d’histoire David GRAEBER Ed. Les Liens qui libèrent

Ce livre surla dette depuis 5000 ans renverse les théories admises

Ce livre sur la dette depuis 5000 ans renverse les théories admises

Une des thèses de ce copieux ouvrage c’est que le crédit apparu dès les premières sociétés agraires, précède de loin l’invention des pièces de monnaie ainsi que l’usage du troc qui ne s’est développé que dans des situations particulières tel que les crises. Avec une érudition étonnante, Graeber démontre que le vocabulaire des écrits juridiques et religieux de l’Antiquité, comme « culpabilité, pardon ou rédemption » est issu en grande partie des affrontements ancestraux sur la dette. Ce vocabulaire est à la base de notre notion du bien et du mal et jusqu’à la définition de la liberté. L’endettement selon Graeber est une construction sociale fondatrice du pouvoir. En Afrique l’esclavage était un moyen de payer des dettes, soit en devenant soi-même esclave ou en vendant ses enfants. L’époque romaine est passée de l’esclavage à la féodalité qui n’en constitue qu’une forme atténuée. Les phéniciens (région qui correspond approximativement au Liban actuel) sont considérés comme les principaux marchands et banquiers de l’antiquité . Des siècles après l’invention des pièces de monnaie, ils ont préféré mener leurs affaires en utilisant des lingots bruts et des reconnaissances de dettes. L’auteur brosse une impressionnante fresque de la dette qui part des civilisations mésopotamiennes  il y a plusieurs millénaires jusqu’à aujourd’hui. Au fil de cette lecture roborative, Graeber note ainsi que pour l’Islam, le prêt à intérêt est illégitime  car  » la monnaie n’a pas été crée pour gagner de la monnaie ». Pour ce qui concerne les Etats-Unis, il pointe avec justesse que le gouvernement ne fait pas marcher directement la planche à billets car le flux d’obligations est géré par les banques privées sous l’égide de la Réserve fédérale. L’essentiel de la création virtuelle de monnaie se fait hors de toute supervision publique. Dans ce livre très documenté, le lecteur perd parfois le fil du thème principal, la dette, noyé sous un flot considérable de références qui ne sont pas en lien direct avec ce thème ou qui n’y sont pas rattachés explicitement par l’auteur.  On y apprend cependant beaucoup sur les systèmes d’échanges, durant plusieurs siècles, sur la création de monnaie dans les civilisations européennes, américaines, islamiques, chinoises et indiennes. En conclusion, notons cette remarque juste sur la littérature économique existante sur le crédit et la banque,  qui n’est la plupart du temps qu’un plaidoyer pour la défense d’intérêts particuliers. Aujourd’hui, selon Graeber, les principaux débiteurs sont les riches. Le fait d’abolir cette anomalie qui consiste à percevoir des intérêts injustifiés conduirait, selon ses contradicteurs, à détruire les moyens d’existence des veuves et des retraités. Ce livre ne contient pas de propositions concrètes mais fournit des arguments à tous ceux qui pensent que nous n’avons pas tous à payer nos dettes. Il faut surtout savoir qui va les payer, mais à ce jeu du mistigri, on se rend compte qu’aucun groupe, corporation, corps constitué n’est prêt à passer à la caisse. Seule une crise majeure et durable, pourrait inverser la doxa libérale.   Prix: 30€ L’auteur: David Graeber est docteur en anthropologie, économiste et professeur à la London University. Se revendiquant comme anarchiste, il est un des intellectuels les plus ancrées dans les réalités socio-économiques actuelles.   A lire:

  • Interview de David Graeber sur le Nouvel Obs qui pointe, notamment, la nature religieuse de la dette  « En araméen, le même mot signifie dette et péché ou culpabilité.  » et rappelle que   « La grande majorité des insurrections dans l’histoire ont été menées par des peuples endettés. » . Pou lui, l’annulation de la dette n’est pas une question, elle est tout simplement inévitable.
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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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