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Presse

Presse: le nouveau monde sans papier qui vient

Ce documentaire d’ARTE que l’on peut voir jusqu’au 2 septembre 2014 fait un point utile sur l’état de la presse en France mais aussi aux Etats-Unis, en Angleterre, en Inde. En France, cette crise profonde concerne surtout la presse nationale quotidienne Le Monde, Libération et à moindre titre La Parisien alors que France Soir et La Tribune ont déjà disparu. Plus de cent cinquante journaux ont fermé en dix ans aux États-Unis, il y a eu des vagues de licenciements dans les rédactions européennes. Même la presse allemande, réputée jusqu’ici prospère, vacille. Avec l’arrivée d’Internet,  l’information circule par d’autres canaux (sites, blogs,  réseaux sociaux…), de plus en plus rapidement et le plus souvent gratuitement. Face à cette nouvelle concurrence et aux nouveaux usages du lecteur, comment les grands groupes de presse réagissent-ils et organisent-ils leur « migration numérique » ? À quel prix ? Algorithmes et robots deviennent-ils l’avenir de la presse ? Quel rôle tient le journaliste aujourd’hui au milieu de ces flux incessants d’informations ? De l’Europe aux États-Unis, où le numérique a déjà largement supplanté le papier, en passant par l’Inde, où les journaux sont encore en bonne santé, l’enquête menée par deux anciens journalistes de Libération (Marie-Ève Chamard et Philippe Kieffer) s’immisce au sein des rédactions pour explorer les différentes pistes de mutation qu’elles expérimentent. Avec à l’appui, de nombreux témoignages de journalistes et de rédacteurs en chef de différents quotidiens (The Guardian, Libération, Le Monde, Bild, New York Times…) et l’analyse du philosophe Jean-Michel Besnier. Ce dernier juge que le lecteur sera lui même flux d’information, l’information n’ayant ni début, ni fin . Pour la presse quotidienne, imprimé va bientôt se résumer avec périmé. A la fin des années 90, les quotidiens ont espéré attirer la publicité pour se développer sur Internet mais ce n’était pas le bon modèle économique. Aujourd’hui, le rédacteur en chef du Guardian affirme qu’il faut essayer toutes les solutions qui génèrent chacune de petits profits (paiement à l’article, promotions particulières, petites annonce,profilage des lecteurs, etc.).

L’interview d’un kiosquier de Paris résume la désaffection du lectorat de la presse quotidienne voire hebdomadaire:  « Qui connait un seul éditorialiste aujourd’hui alors qu’il y a 20 ans, ils étaient connus même du grand public« .

Les mutations irrerversibles du journalisme

Plus rien ne sera comme avant le numérique mais comment faire évoluer le métier de journaliste face à une information foisonnante et continue ? Comment capter et fidéliser un lecteur susceptible de la partager et d’y réagir à tout instant ? Et surtout, comment financer les rédactions dans un environnement où règne la gratuité ? Le Guardian, en Angleterre, pourtant 3ème mondial pour le nombre de visiteurs uniques avec plus de 31 millions de visiteurs par mois, perd de l’argent et doit s’appuyer sur une fondation  qui vend des voyages, des conférences et du consulting.

Les logiques éditoriales s’opposent. Ainsi, Les Echos souhaitent profiler finement leurs lecteurs pour leur proposer ds produits dérivés et diffuser de la publicité ciblée alors que le New York Times, référence mondiale de la presse quotidienne ne souhaite pas répondre aux besoins de tribus de lecteurs qui se confortent dans leur point de vue sur le monde. Le New York Times semble faire figure de modèle en matière de transition numérique, avec son site payant comptant aujourd’hui 700 000 abonnés, la plupart des quotidiens tâtonnent encore. Les uns ont recours à des outils d’analyse du comportement de l’internaute, comme ce journal local des environs de New-York ou le tabloïd allemand Bild. D’autres comme Le Monde préfère cultiver leur image de marque et jouer des temporalités différentes entre le papier et le web. Ce qui est sûr c’est que le métier de journaliste change radicalement : il doit désormais se faire « cyborg » comme le souligne un journaliste américain, c’est-à-dire s’appuyer à la fois sur la machine et la puissance de l’algorithme pour trier l’information et sur son expérience proprement humaine pour fournir une analyse de qualité. Ce qui a un coût bien sûr, que malheureusement les abonnements payants et les publicités ne parviennent pas encore à réellement financer. La notion de quotidien n’a plus vraiment de sens à ce jour puisque l’info est une flux continu. Il n’y a plus l’obligation de sortir un quotidien tous les jours.

Seul un professeur de journalisme de l’université de Columbia trouve la période exaltante et créative. Il est vrai qu’il n’a pas a affronter directement la tempête qui sévit sur les médias …

Twitter a déja gagné la bataille de la rapidité car il y a toujours un abonné capable de publier une information sur n’importe quel point habité du globe avant un quotidien papier.  Le rédacteur en chef du quotidien allemand  DieWelt redoute le jour ou Twitter va décider de devenir un média à part entière avec une structure et une hiérarchisation professionnelles. Newslaundry fait de la « curation » d’articles, à savoir une collecte et une hierarchisation de sujets à partir de blogs et des réseaux sociaux.  Nicolas Kayser-Bril évoque l’utilisation du Data Journalisme, de nouveaux outils pour mettre en forme visuellement de vastes quantités de données autrement enfouies dans les bases de données. La qualification de journaliste inclut selon lui tout professionnel collectant, triant et hiérarchisant de l’information.

L’inde est le seul pays qui envisage sereinement l’avenir de la presse papier, il est vrai  que 1/5 des journaux papiers vendus dans le monde sont indiens. Les patrons du Rajastan Patrika mettent le lecteur au centre du dispositif. Ils estiment que leur rôle est de créer des lecteurs qui les suivent et répercutent leur campagne telle la vaste opération « Un poignée de grains » destinée aux enfants des écoles primaires mobilisant 90 camions. Le modèle économique est simple et classique qui fait appel à la publicité , aux petites annonces avec des porteurs à domicile dans les endroits les plus reculés. Le Rajastan patrika se développe aussi sur les écrans mobiles voire les téléphones les moins évolués avec le même succès. Pas de nuages à l’horizon. Ce modèle ne peut manifestement pas être transposé aux autre pays occidentaux. 
En résumé, seule la presse people particulièrement adapté au mode lecture sur écran, est rentable ainsi qu’une partie de la presse magazine.
Jeff Jarvis , expert des médias et blogueur très suivi, note avec justesse qu’il a fallu un siècle pour comprendre l’impact de l’imprimé après la découverte de Gutenberg. Aujourd’hui, nous ne savons pas toujours pas ce qu’est réellement le numérique.
( Texte issu en partie du site d’Arte complété de mes commentaires)
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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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