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Toujours plus rapides et efficaces. Mais pourquoi et pour qui ?

Artistes, comédiens, cadres,étudiants, traders, salariés et autres: beaucoup de personnes veulent améliorer leurs performances cognitives. Pour se conformer aux impératifs de productivité et d’efficacité des sociétés occidentales, tous cherchent la potion ou le truc qui leur permettra de mémoriser plus vite, réfléchir et agir plus vite. Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vient de publier un rapport, au nom explicite « Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade » . Ce rapport concerne les anti-dépresseurs, neuro-stimulateurs, casques de stimulation cérébrales, utilisés par une partie de la population (par exemple, de 8 à 25 % des étudiants américains). Le rapport conclue prudemment qu’il ne connait pas les effets secondaires de ces solutions et pointe les catégories les plus vulnérables, enfants,  adolescents, personne fragiles. Le président du CCNE , Jean Claude Ameisen suggère de s’interroger « sur cette incitation à se conformer à ce que les autres attendent de nous« . Ce « dopage » social n’est pas nouveau, rappelons la mode du Prozac dans les années 90 et le record de consommation des anti-dépresseurs, spécificité française en raison du taux de remboursement avantageux  de la Sécurité Sociale.

Pourquoi et pour qui ?

Au delà du problème de santé publique, il faut d’abord  se demander si les exigences du monde du travail sont acceptables et entrent dans un cadre éthique. Une interrogation à peine abordée par le Comité Consultatif National d’Ethique car elle touche à la structure profonde de nos sociétés avec des piliers tels que l’organisation du travail et les exigences économiques. Cette question éthique débouche aussi sur la possibilité de chacun d’accepter ou de refuser de répondre à des impératifs de productivité et de performances. Le dopage des sportifs fournit quelques réponses qui montrent la complexité du problème. Ce champ d’étude est jugé trop trivial par nombre de chercheurs en sciences sociales mais il pose abruptement  le problème de la liberté individuelle face à la nécessité absolue d’obtenir vite les meilleurs résultats possibles. Personne n’oblige par exemple, les coureurs cyclistes amateurs et professionnels à prendre les produits dopants qui leur permettront, malgré de lourdes sanctions, de dépasser leurs concurrents. Pourtant, nous connaissons aujourd’hui la réponse après les affaires Armstrong, Pantani, etc. : pour gagner, il n’y a pas d’autre choix que de se doper, la tentation étant trop forte. On touche ici aux limites de l’approche morale du problème car la neuro-amélioration des personnes de la société civile qui l’a pratiquent, procède de causes similaires bien que moins évidentes.

L’augmentation des performances physiques et cognitives, qui accroit de fait les inégalités sociales, porte les prémisses d’une société à deux vitesses clivée entre « biologiquement augmentés » et les autres.  C’est une question essentielle face aux intentions des transhumanistes, un mouvement de pensée, largement appuyé par les grands acteurs du Web tels Google qui a embauché en 2012, l’un de ses « évangélisateurs » Raymond Kurzweil  pour des projets concernant l’intelligence artificielle et la reconnaissance du langage naturel. Le transhumanisme prône l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains et considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Arguant que dans 50 ans, une véritable rupture technique, nommée singularité technologique, changera la nature même de l’homme. Cette approche technologique du devenir humain doit être mise en débat.

La croyance religieuse remplacée par le messianisme technologique

Alors que nos sociétés sont aujourd’hui traversées de haines recuites, de résurgences irrationnelles d’antisémitisme, de rejet de l’autre, de poursuite continue des inégalités, le projet de soumettre l’homme à l’amélioration biologique et technique parait hasardeux. L’éthique n’est aujourd’hui qu’un paravent commode pour évacuer toute réflexion sérieuse sur l’économisme et la productivité, sur la croyance aux vertus infinies de la technique pour résoudre tous les problèmes. Un basculement est en train de s’opérer entre des civilisations profondément modelées par l’irrationnel religieux des monothéismes et des sociétés futures prétendument sauvées par les bienfaits du système technicien. Une nouvelle sagesse serait ainsi en train d’apparaitre opportunément pour faire face aux problèmes majeurs à venir, changement climatique, fin des ressources renouvelables, croissance des inégalités, développement incontrôlé. Un leurre qu’il importe de réfuter point par point.

Il ne s’agit pas de revenir à l’obscurantisme religieux qui interdisait toute remise en cause des dogmes mais au contraire d’examiner le monde avec d’autres outils intellectuels, une tâche gigantesque, impossible diront les pessimistes.

Article   La « neuro-amélioration » passée au crible du comité d’éthique « Le Monde » à  consulter sur ce sujet

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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