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En bref

Dopage et tour de France

Peu de tours de France ont été « propres ». Sans doute, les victoires de Lemond en 1986 et 1989, on été acquises à la quasi force du jarret. Celle de Cadel Evans en 2011, semble également indiquer, une quasi absence de dopage lourd comme l’indique ce graphique publié par « Le Monde » et basé  sur  les travaux d’Antoine  Vayer.

seuils_suspects_dopage

Du seuil normal au seuil « mutant », les victoires au tour de France passées au crible de la méthode de mesure de puissance développé par Antoine Vayer.

Cela dit, il ne faut pas rêver. Dès que le dopage génétique, ayant la capacité potentielle d’améliorer la performance sportive sera performant et maitrisé, il ne fait pas de doutes qu’il sera utilisé par les coureurs tant que les méthodes de détection ne seront pas  au point. Aujourd’hui, des informations de plus en plus étayées mentionnent l’utilisation possible de l‘Aicar, un produit dopant d’expérimentation qui permet de brûler les graisses sans perdre de muscles et de gagner en endurance sans s’entraîner. L’ideal pour un cycliste pro soumis à des énormes charges de travail.

aiAicar: substance  dopante dangereuse

L’Aicar,une substance dopante d’expérimentation intéresse beaucoup les sportifs …

Le dopage fait partie intrinsèquement de la pratique du cyclisme de compétition, c’est une constante que seule la pénalisation accrue a pu faire baisser à quelques exceptions près. Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport, disait dans une interview que ce qui motive un champion cycliste est d’avoir une longueur d’avance sur ses concurrents. L’argent n’est pas comparativement au football, au tennis et d’autres sports, la motivation principale d’un cycliste professionnel. Se doper c’est « faire le métier » dans le jargon cycliste, un domaine dans lequel le profane pas plus la justice sportive n’ont leur mot à dire.

Plutôt que de juger le dopage sur le plan moral, je me contenterai de citer Antoine Blondin, l’écrivain le plus talentueux du sport cycliste :

 » Etant entendu que nous rêvons d’archanges à roulettes, dont la blancheur ne risquerait pas de se ternir au contrôle et qui nous donneraient une estimation flatteuse du cheptel humain,  j’émets l’opinion personnelle qu’il y a, malgré tout, une certaine grandeur chez des êtres qui sont allés chercher dans on ne sait quel purgatoire le meilleur d’eux-mêmes. On a certes envie de leur dire qu’il ne fallait pas faire çà, mais on peut demeurer secrètement ému qu’ils l’aient fait. Leurs regards chavirés nous sont  comme une offrande. Nous pensons que demain dispersera ces nuages. Du moins se seront-ils une fois offerts aux acclamations et aux outrages pour que tourne le somptueux manège, ce concours permanent où ils se veulent élus. » Je n’ai rien lu de  mieux exprimé sur le dopage dans ce style singulier qui appartenait à Antoine Blondin. Cela dit, je crois que Le Tour magnifiait son talent littéraire et lui offrait une précieuse matière.

Etre spectateur c’est consentir au dopage

Sans spectateurs ou téléspectateurs, pas de cyclisme professionnel. Voir et assister à une course cycliste c’est aussi être complice d’un système dont on sait qu’il est truqué et qu’il contrevient à une éthique perpétuellement bafouée. Tout amateur de sport doit en avoir pleine conscience. J’étais à l’arrivée de l’étape à Ax-3domaines en juillet 2013, près de Gérard Holtz qui interrogeait le vainqueur Christopher Froome, auteur d’une montée à un rythme surréaliste. Son physique décharné surprend beaucoup et pose des questions, c’est le moins que je puisse en dire. Stephen Roche que je questionnais à ce sujet m’assurait ne pas croire qu’après l’affaire Armstrong une équipe comme la Sky, financée par la magnat Rupert Murdoch, oserait pratiquer un dopage massif. Je n’y crois pas et pense que le dopage perdure, que Froome et son équipe Sky, utilisent toujours des produits et pratiques interdites comme d’ailleurs les plus grosses équipes.  De nouvelles molécules très performantes sont apparues, très efficaces et indécelables, telles le GAS-6. Cette dernière substance est très probablement utilisée par le peloton professionnel et explique en partie le rôle de chevalier blanc adopté par Froome vainqueur du Tour de france 2013: « «C’est très bien que l’AMA (Agence Mondiale Antidopage) prévoie de rallonger les suspensions de deux à quatre ans, et que le cyclisme soit en ligne de front dans ce combat». Cela signifie que le milieu cycliste professionnel (managers d’équipe, médecins, labo de recherche) sait parfaitement qu’il a un temps d’avance sur les méthodes de détection.Le dopage n’est pas prêt d’être éradiqué et le spectacle continue malgré toutes les affaires, les procès, l’annulation des victoires pour cause de dopage, etc. L’argent a  raison de toutes les considérations éthiques et morales. J’ai écrit cet article avant les reportages sur le dopage mécanique, notamment celui de stade 2. Il est probable que Cancelara sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix et Contador ont utilisé des moteurs électriques. On est ici dans la triche absolue.

Liens pour aller plus loin:

  •  l’interview de Philippe Bordas, écrivain et photographe, passé brièvement à « L’Equipe » dans les années 80. Il suggère que le cyclisme professionnel, métaphore de la geste héroïque, n’est pas un  sport de loisir comme les autres. « C’est un sport qui s’inscrit dans la surnature et le dépassement. C’est très violent. »
  • ATTENTION, pour les coureurs amateurs qui seraient tentés, à la haute toxicité du GW501516 qui permet de stimuler les fibres musculaires spécifiquement liées aux efforts d’endurance, sans qu’il soit préalablement nécessaire de mettre en place un programme d’entraînement spécifique. Cette information sérieuse et dûment documentée est à lire sur le site de l’IRBMS (Institut régional du bien-être, de la médecine et du sport santé)  www.irbms.com . Cet institut propose, parmi ses nombreuses missions, dapporter son concours aux actions de prévention et de lutte contre le dopage.
  • Sur ce blog, lire Cyclisme:la fin d’un mythe (d’après la préface d’Eric Fottorino)
  • Le site ChronosWatts, sorte de radar du cyclisme professionnel régulièrement mis à jour, très intéressant sur les épreuves et les cyclistes. Voir les performances surhumaines impossibles à obtenir sans des produits illégaux pour la plupart.
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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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  1. Pingback: Toujours plus rapides et efficaces. Mais pourquoi et pour qui ? | Humeurs Numeriques - février 13, 2014

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