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Coups de gueule

Comment virer un pigiste: mode d’emploi

Instant désagréable qu’on cherche à enfouir vite au fond de sa mémoire, la perte de collaborations régulières à un support de presse est toujours pénalisante, souvent douloureuse pour un journaliste. Pour avoir fréquenté les deux côtés du manche, comme rédacteur en chef adjoint  et comme pigiste, je parle ici de mon expérience le plus objectivement possible. Voyons plutôt l’affaire côté pigiste.

Prenons un grand groupe de presse informatique et high tech souhaitant alléger sa masse salariale. Le première variable d’ajustement ce sont les collaborateurs extérieurs, les pigistes, considérés par la convention collective des journalistes après 3 collaborations comme des salariés liés de fait à l’employeur par un contrat de travail. La solution consiste à virer les collaborateurs devenus trop coûteux en exagérant quelques petites fautes professionnelles ou, chose vécue, en inventant de toutes pièces des reproches fallacieux, sans explications solides. Le but de ces arguties étant de faire lâcher prise et à meilleur frais aux novices, négligents ou ignorants de la législation. Le pigiste s’assoit ainsi sur ses légitimes indemnités et ses droits à une indemnisation du Pôle-Emploi.

La méthode est plutôt classique et sans scrupules. Un jour, le pigiste reçoit  de son habituel commanditaire, rédacteur en chef, chef de service ,etc., avec lequel il travaillait en  confiance mutuelle durant des mois, des remarques soudain acerbes sur la qualité de son travail voire le bidonnage d’un article ou d’une photo. Une accusation mensongère mais inutile de tenter un vigoureux démenti qui ne sera même pas commenté. Quelques jours plus tard, les articles commandés pour le prochain numéro font soudain l’objet d’attaques en règle: tout est à revoir, chaque phrase est passée à la moulinette, l’article ne mérite même pas publication. Tout cela est formulé par e-mail et aucune réponse n’est apportée aux questions légitimes. Les demandes polies, d’explications  par téléphone au commanditaire du papier tombent dans le puits sans fond de la messagerie vocale. Il ne reste plus qu’a accepter votre sort. Vous avez perdu vos piges régulières et l’ensemble de vos droits compensatoires, comme tout salarié. Votre commanditaire est aux abonnés absents et oppose un silence glacé à toutes vos demandes d’explication.

Ceux qui sont familiers avec les droits et devoirs des journalistes objecteront à juste titre que tout cessation de commande régulière d’articles équivaut à une rupture contractuelle avec les compensations afférentes. C’est oublier que les « petits pigistes », ceux qui gagnent bien moins que le SMIC mensuel, doivent encore faire appel à la jurisprudence qui assimile les “journalistes pigistes réguliers à des salariés en CDI ayant les droits de tout salarié en cas de rupture ou modification du contrat de travail. Encore faut-il définir ce qu’est un pigiste régulier. Plus l’anciennété est longue plus la collaboration est régulière, plus un pigiste peut se faire reconnaitre comme un pigiste régulier. Une notion qui ne repose sur aucune donnée chiffrée et donne lieu à des interprétations variables.

Pour ramasser quelques miettes, il faut ferrailler longtemps, avec l’appui d’un délégué syndical pugnace et taper du poing sur la table face à un DRH qui défend pied-à-pied quelques centaines d’euros. Au lieu d’un entretien franc et direct entre un responsable éditorial et un pigiste pour trouver une issue négociée qui évite les pertes de temps et les stigmatisations injustes et inutiles.

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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