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Coups de gueule

Introduction de Facebook en bourse: les non-inités y ont laissé des plumes

Inutile d’être devin, expert des marchés financiers ou gourou du Nasdaq pour comprendre que l’introduction en bourse de Facebook était un nouveau jeu de bonneteau, foireux comme il se doit. Le titre a perdu 25% de sa valeur en moins de 15 jours. Chapeau l’artiste !  Abusivement valorisé à 93 milliards de dollars par Morgan Stanley, alors qu’il ne dégage « qu’un » milliard  de revenus, Facebook n’est pas encore la poule aux oeufs d’or attendue. Le véritable modèle économique autour de la valorisation du milliard d’utilisateurs de Facebook n’est pas encore au point. Il ne suffit pas de faire miroiter un hypothétique « or noir » des données personnelles, encore faut-il savoir les valoriser.

Il se trouve des acheteurs convaincus qu’il ont mis la main sur une mine d’or, alors que les données personnelles de Facebook restent encore à exploiter de manière pertinente. Encore faut-il que Facebook compose avec les législations nationales sur la vente de données personnalisées et surtout, sur les associations de consommateurs et de défense des internautes.

Déjà des concurrents comme Pinterest, tentent de siphonner  son audience. J’annonçais dans un billet précédent le 30 avril , que le titre Facebook était surévalué. Je n’ai pas de mérite, des confrères plus calés que moi en matière de conseils boursiers le disaient aussi. Mais les médias ne les ont pas écouté, plus préoccupés par le tintamarre et la publicité autour de l’introduction en bourse de Facebook  le 16 mai.

Par un merveilleux paradoxe dont la finance a le secret, la chute de l’action Facebook a plumé les acheteurs naïfs mais enrichi des investisseurs et la banque Morgan Stanley avec une technique simple et très ancienne, la vente à découvert de titres . En bref, cela consiste à acquérir des titres que vous n’avez pas puis à les vendre et les racheter à une date déterminée en pariant que le prix de l’action va baisser. Cela mérite un peu d’explication et permet de comprendre que dans ce casino virtuel qu’est la bourse, tout est possible. On emprunte d’abord  le titre contre le versement d’un intérêt. Comme l’explique cet article de L’internaute, le fait que la date des passages d’ordres de vente ou d’achat ne compte pas pour le règlement explique qu’il est possible de vendre avant d’avoir acheté.

Reprenons. On attend ensuite sagement que le titre se casse la gueule et on rachète les actions pour les rendre à leur prêteur et solder sa  position. La différence entre le cours de vente et le cours d’achat de l’action quelques jours ou semaines plus tard  correspondant à la plus-value du spéculateur.

Petit exemple chiffré.  Vous vendez  100 actions à 300€ , qui valent à cet instant 30.000 €. Le titre chute fortement dans les jours qui suivent jusqu’à un cours de  270 € soit au total 27.000 €. Vous achetez alors les actions dévaluées. Le gain final est de 30.000 € – 27.000 € soit 3000 € sans pratiquement aucune mise de fond à part le paiement initial d’intérêt. Sympathique, non ? Surtout quand les gogos se pressent au portillon pour acheter sans réfléchir. Et se faire plumer…

Le plus grave dans cette affaire, reste que si des spéculateurs ont pris des positions à la baisse du titre, cela prouve qu’ils savaient que Facebook ne valait pas la capitalisation boursière délirante qui lui a été attribué initialement. Et par dessus tout cela, on a affaire comme il se doit dans ce type d’opération à un délit d’initié. Les plus gros clients des banques émettrices ont été alertés à titre privé que l’avenir de la compagnie était moins rose que généralement anticipé, ce qui leur a permis de ne pas se porter acheteur et d’éviter ainsi des pertes.

Mise à jour du 9 /09/2015

A la relecture de ce billet écrit en 2012 lors de l’introduction de Facebook en bourse, je reconnais que ses résultats financiers d’aujourd’hui montrent qu’il a réussi à vendre son énorme audience très ciblée de 1,3 milliards d’abonnés à ses annonceurs:

  • Chiffre d’affaires en 2014 : 12,466 milliards de dollars (7,872 milliards en 2013).
  • Bénéfice en 2014 : 2,94 milliards de dollars (2,804 milliards en 2013). soit une rentabilité exceptionnelle.

Je maintiens cependant que l’introduction en bourse à été un piège pour les non-initiés.

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À propos de Serge Escalé

Rédacteur. En veille sur l'économie, le social, l'usage et implications des technologies, le numérique.

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